Dossier thématique N°22 – La coopération, moteur de vie

Seul on Va vite, ensemble nous irons loin……vers le bonheur

« Joie de vivre, plaisir, bien-être, faire du bien, altruisme » se transforment au contact de l’entreprise en « motivation, enthousiasme, savoir-être, savoir-faire, solidarité » comme si les premiers étaient le résultat indicible du produit des deuxièmes et comme si les premiers portaient un sens individuel alors que les deuxièmes une nuance de collectif.

Seul dans la jouissance ou ensemble pour la croissance.

Nous reposons systématiquement notre bien être sur un credo sociétal, admis par tous qui est le suivant :

Plus l’économie progresse selon les critères de mesure du PIB, et plus nous seront riches, prospères et bien heureux. Mais le PIB ne prend en compte que les transactions monétaires mais pas ce que revêt cet argent gagné ou échangé. Il néglige notamment l’épuisement des matières premières que nous puisont dans notre environnement mais aussi en en nous-même pour rester alignés sur l’indice PIB. Pour notre environnement, il se vide et nous atteindrons des limites soit quantitatives, soit financières et quant à nous, nous pallions nos manques et repoussons nos limites à grand renfort de consommation de biens, de services en tous genres sans trop de distinction entre utile et futile mais c'est vrai qu'en apparence,  juste une lettre les distingue.

Selon Richard Layard « Nous avons plus de nourriture, plus de vêtements….plus de loisirs, plus de vacances et surtout, nous sommes en meilleure santé. Et pourtant nous ne sommes pas plus heureux. Si nous voulons rendre les gens plus heureux, il faut vraiment identifier les conditions propices à leur épanouissement et les meilleurs moyens de les mettre en œuvre »

La qualité de vie ne peut se réduire à un sous-produit de la croissance de l’économie. De surcroit celle issue de l’abondance construite en grande partie sur des motivations exogènes (ressources financières, rang social, éducation, pouvoir) mais produisant la vénérée Consommation des ménages, pierre angulaire du système productiviste que nul état souhaite voir décliner.

La coopération peut-elle aider l’humanité à se sortir de ce système duquel il ne peut en rester que quelques uns à se partager 80% du monde? Et si ces Uns était les plus heureux des hommes, inspireraient-ils le reste de l’humanité pour longtemps ?

L’écrivain Romain Rolland disait que si le bonheur égoïste est le seul but dans votre vie, votre vie se trouvera rapidement sans but. Reconnaissons qu’autant laconique que soit la formule, elle traduit bien ce qu’a démontré le chercheur américain Tim Kasser. Il a étudié pendant 2 décennies et publié en 2002 le fruit de ses recherches sur la corrélation entre matérialisme, ici élevé au rang de dogme et qualité de vie, lien social, santé ….. Après avoir audité les milliers de personnes il constate que plus le sujet est « accro » à la consommation, moins il est satisfait. Les gros consommateurs recherchent les plaisirs rapides, hédoniques avec les mêmes motivations exogènes vues précédemment au détriment des plaisirs endogènes (satisfaction, amitié, écologie, empathie, lien social) qui relèvent davantage des valeurs intérieures durables. Ceci dit tout le monde cherche le bonheur, personne ce se lève en souhaitant souffrir toute la journée. L’hyper consommation permet d’aller vite, de prendre vite du plaisir mais au final ces gros consommateurs ont moins d’amis, leur vie familiale s’avère moins satisfaisante et sont globalement en moins bonne santé.

Une économie saine ne s’arrête pas aux portes des entreprises et des états qui veulent notre bonheur. Consommateurs, salariés, citoyens ou entrepreneurs, l’économie nous concerne tous.

A quoi bon pratiquer seul un exercice physique en pédalant avec vigueur sur un vélo d’appartement luxueux qui ne va nulle part…

Seul dans la compétition ou ensemble pour la coopération

Coopérer, comme entreprendre toute tâche quelle qu’elle soit, nécessite d’éprouver un minimum d’intérêt ou d’enthousiasme et cet intérêt provient du fait que nous sommes conscient ou non des bienfaits que nous en recueillerons. Quand en plus cette dynamique s’installe dans la durée il y a de grandes chances que nous soyons en présence d’un bonheur altruiste, propre à instiller une économie d’écosystème basée sur les compétences relationnelles comme l’entraide et la solidarité en remplacement de l’hyperspécialisation poussée elle-même par la compétition.

A l’instar de Gunter Pauli, créateur de la société Ecover qui défendit l’économie « verte » comme business model, il la pourfend aujourd’hui en pointant les effets pervers d’une écologie de façade qui transporte des aliments bio à travers l’Europe et le monde , qui utilise l’huile de palme bon marché au détriment des forets, qui fait du bio-élitiste pour classes aisées ou subventionné à outrance.

Il défend aujourd’hui un modèle économique où des industries locales tendent à réduire leur empreinte environnementale et créer des emplois non-délocalisables. Un modèle de plus !

Non, il existe déjà. Tout comme Gaudi s’est inspiré largement des structures naturelles des arbres et des plantes pour concevoir les piliers de la Sagrada Familia, le principe où chaque activité en complète une autre existe aussi dans la nature. Ce fonctionnement est comparable à la polyculture (élevage, maraichage, céréale) qui se pratiquait dans chaque ferme où chaque activité en complétait une autre (Déjections deviennent engrais qui font pousser des légumes …..) L’hyperspécialisation ayant produit une Beauce grenier de la France et une Bretagne bétaillère, elles s’échangent à coups et à coûts de transport de la paille contre des engrais.

Alors que des petites entités coopératives, « des usines complémentaires installées les unes à côté des autres peuvent satisfaire leurs besoins mutuels »

Exemple vérifié et dupliqué dans plusieurs pays : Quel rapport entre le marc de café et la culture des champignons ? Le substrat dont ont besoin les champignons pour pousser doit être de type granuleux et ébouillanté pour être ensemencé. C’est justement la nature de ces déchets de café qui étaient jetés par les cafetiers et qui sont aujourd’hui valorisés. 80% d’économie d’énergie et pousse plus rapide pour les champignons.

Si de telles initiatives ne se développent pas plus c’est parce que le temps joue avec la rentabilité, la trésorerie, le cash-flow, la titrisation des entreprises.

Seul dans l’urgence ou ensemble pour la conscience.

On le voit tous les jours dans la frénésie de production d’argent par l’argent, qu’il est difficile de concilier les trois échelles de temps : le court terme de l’économie, du tout toute de suite et profitable rapidement, le moyen terme qui concerne le façonnage de la qualité de vie et le long terme qui prend en compte la préservation de la qualité de l’environnement.

L’altruisme semble se profiler comme un levier conciliant de ces 3 échelles. Si nous prenons en compte l’autre comme nous-même à travers ses besoins, ses compétences, ses forces et faiblesses qui sont souvent faussées par nos propres représentations, alors nous serons moins tentés de jouer avec ce qui est cher à leurs yeux. Comprendre avant de se faire comprendre.

Si nous avons plus de considération pour le bien être des autres, nous ferons notre possible pour améliorer leurs conditions de vie, au travail, dans la famille ou dans la société en général. Si nous cultivons les conditions d’un terrain fertile pour que chacun s’épanouisse et puisse accéder à cette part, ce retour sur investissement de leurs efforts, alors l’indice de bien être remontera. Mais gare aux potions magiques et autres onguents réparateurs de jeunesse qui ne se guérissent pas les blessures d’un mal être plus profond, même à grand renfort de coaching, de thérapie ou de sophrologie. Le travail restera toujours par nature une source de tension vers un résultat escompté, mesuré. Mais plus les compétences mobilisées pour l’atteindre sont partagées, exprimées et adéquates, moins le challenge proposé sera anxiogène et répulsif.

Et de même nous ne sacrifierons pas ni  ne mettrons en danger notre environnement et ferons tous ensemble converger nos savoirs et nos savoir-faire pour préserver l’essentiel de l’humanité : notre Terre, seul chez-nous que nous avons.

La compétition peut être une source de stimulation. Elle ne consiste pas nécessairement à éliminer les concurrents par tous les moyens. Elle peut par exemple participer à améliorer la qualité de ce que nous produisons.  Et même utiliser ce que nous produisons de pire comme les déchets pour produire des biogaz qui servent à Microsoft comme combustible non-fossile pour fournir de l’électricité à ses data center de Cheyenne. Utilisation d’une énergie locale produite à partir des boues de traitement de l’eau pour une consommation locale = économie de polluants et de gaz à effet de serre.

Se grouper en communauté de pratique forge les esprits solidaires et décloisonne les imaginations. On ne réfléchit plus en termes de spécialisation ou de poste mais en termes de transversalité et de compétences.

Seul dans sa spécialité ou ensemble dans la convivialité

La victoire ou le succès n’est plus une affaire personnelle, à quelques exploits près, elle se gagne avec les autres et parfois au travers des autres. Même un navigateur du Vendée-Globle dispose d’une équipe derrière lui et de surcroit une équipe pluridisciplinaire et polymorphe : Des marins, météorologues, sponsors, équipementiers. Tous font converger leurs compétences pour la gagne et ça se sait et ça se voit. Trop parfois tant les marques veulent afficher leur coresponsabilité.

Dans un autre domaine plus accessible, regardons les exemples des associations Séquoia, Adabio et Solidarité Nouvelles pour le Logement.

" Le Plaisir d'être ensemble, la Force d'entreprendre "20 ans déjà qu’un un Club interprofessionnel fédère des Chefs d’Entreprises de divers horizons qui se sont constitués en réseau, basé sur l’éthique, les valeurs humaines, du savoir-faire, la complémentarité, et le respect de l’autre. Le but du club est de communiquer et d'échanger. Chacun amène sa pierre à l'édifice et s'engage à respecter la charte de qualité.

« Autoproduire collectivement des outils agricoles : accéder à une communauté d’autoproducteurs »

L’auto construction n’implique pas de faire seul. Au contraire, la forme des stages de 3 à 5 jours, animés par ADABio Autoconstruction (en partenariat avec des organismes de formation locaux), regroupant 8 à 10 producteurs, favorise les échanges formels (pratiques, savoirs et savoir-faire) et informels entre les stagiaires. Ces échanges vont bien au-delà du seul moment de formation. De sorte qu’autoproduire c’est aussi dynamiser son capital social ! Suivant cette logique de diffusion des compétences, la production d’Adabio est placée sous licence libre type « open source ». Un business model payant, le succès et les résultats sont au rendez-vous avec des créations d’emplois, des publications qui se vendent et des structures qui se consolident.

« Agir ensemble pour le logement : Par cette action, on a montré que ce qui n’est pas possible seul peut le devenir à plusieurs »

Solidarités Nouvelles pour le Logement naît en 1988 à l'initiative de deux responsables de PME du bâtiment et de leurs épouses, qui font un double constat : le logement est essentiel dans le parcours des personnes en difficulté alors que le manque de logements aux loyers adaptés à des ressources faibles ou précaires est criant. Ils décident d'agir avec d'autres, afin d'ouvrir l'accès au logement à des personnes qui s'en trouvent exclues. Presque 25 ans plus tard, près de 1100 bénévoles sont mobilisés dans 110 groupes locaux de solidarité, Solidarités Nouvelles pour le Logement est une association reconnue, primée par le prix de la finance solidaire en 2012, elle compte plus de 50 salariés et a permis à 6000 ménages de se loger.

Les modèles de réussite coopératives durables sont multiples et sont surement les plus en lien avec les origines de l’homme. La vie s’est toujours perpétrée sur la coopération alors que la survie s’est engendrée par la compétition. Au fond si nous déployons ce que nous savons faire depuis longtemps, si nous opérons ensemble cette modernisation culturelle qui se veut innovante plus par les idées que les fondements qui eux sont ancestraux, alors nous pouvons espérer changer et pourquoi pas changer le monde.

Donc jouissance, compétition, urgence et spécialité ou croissance, coopération, conscience et convivialité ! Les uns n'empêchant pas les autres c 'est encore une fois une histoire de mesure et de modération qui préservera les équilibres.

Biblio : Magazine : KAISEN  Internet http://leclubsequoia.com/http://www.adabio-autoconstruction.orghttp://www.snl-union.org